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Un des projets préférés de notre proto-dictateur, Stephen Harper, est l'oléoduc « Northern Gateway » proposé par Enbridge, qui fait face à une opposition acharnée due entre autres aux fuites fréquentes dont les oléoducs d'Enbridge sont victimes. Dans l'espoir d'accélérer les choses, Harper a utilisé le budget 2012-13 ( le projet de loi C-38, dit « Cheval de Troyes ») pour tronquer le procédé d'autorisation de tels projets. Malheureusement pour lui, malgré ses efforts herculéens pour s'assurer que cette loi passerait sans aucun débat dans la Chambre, sinon dans le pays, le coup a manqué : le budget des agences réglementaires a été tellement réduit qu'elles n'ont plus les moyens de procéder. C'est pas pour rien qu'on les appelle les « Cons ».
Cependant, l'environnement n'est pas la seule raison pour laquelle les Canadiens s'opposent à Northern Gateway. Malgré le nom, l'oléoduc traverserait le sud-ouest du pays pour acheminer l'huile brute des schistes bitumineux de l'Alberta à un terminal proposé dans une région très belle et bien sûr très fragile de la côte ouest, d'où il partirait en Chine. Le Nouveau Parti Démocratique et votre correspondent pensent qu'exporter le brut au lieu de créer des emplois dans les raffineries canadiennes n'a aucun sens. Les supporteurs de Northern Gateway ripostent que raffiner le brut au Canada n'est pas économique.
La question se pose donc : pour qui cela ne serait-il pas économique ? Selon un de mes lecteurs, c'est pour le consommateur que ça n'a pas de sens, car le travailleur canadien est cher et le consommateur refusera de payer son prix. Ceci n'est pas vrai, car le consommateur chinois, c'est-à-dire le gouvernement de la République Populaire, a un besoin pressant d'huile pour continuer à forcer la croissance économique. Les imports chinois de pétrole continuent à augmenter très rapidement et la Chine a du mal à trouver des sources ; c'est en ce moment le consommateur principal d'huile iranienne. Mais la balance des paiements est très en sa faveur, elle peut donc se permettre de payer pour l'énergie, qu'elle convertit ensuite en widgets à revendre aux même pays qui lui ont fourni l'huile. Au pire, elle peut augmenter le prix de vente du widget. Distiller nos produits chez nous nuirait donc peut-être à la balance des paiements de la RPC, mais peu au consommateur du monde riche.
D'ailleurs, les raffineurs ne fixent pas les prix : c'est le marché qui les dicte, d'où les marges « très étroites » dont se plaint l'industrie – qui enregistre néanmoins des profits énormes. Le consommateur n'a donc pas trop à s'inquiéter de qui raffine son pétrole. Ce serait donc, il faut croire, le capitaliste qui trinquerait. Dans un entretien avec la CBC, Michael Moore, professeur à l'école de politique publique à l'Université de Calgary, supporte cette idée : « si on pense au coût du capital, c'est bien plus facile d'aller à l'étranger et de transporter le produit par mer ou rail vers des points de distribution établis. » De plus, ajoute-t-il, « d'un point de vue économique, ça n'a pas de sens, ou nous le ferions déjà. »
Un argument si faible est bien digne du procédé Conservateur. D'un côté, le coût du capital évoque peu de sympathie chez les « 99% ». Selon l'Agence du Revenu du Canada, 76% des contribuables ont déclaré avoir reçu des salaires en 2009 ( l'année la plus récente pour laquelle les nombres ont été compilés ), mais le revenu total dérivé de l'emploi est 81% des revenus déclarés. Par contre, 20% ont déclaré des dividendes, qui ne constituaient pourtant que 4% du revenu ; les gains sur le capital, déclarés par 6%, ne comptent que pour 1% du revenu, et l'intérêt et « autres revenus d'investissement », déclarés par 33% des contribuables, font un misérable 2% du total. De toute évidence, pour le contribuable canadien, il vaut bien mieux travailler qu'investir ; créer des emplois est donc plus important que d'amadouer le capitaliste. De plus, puisqu'on gagne si peu d'intérêt, et qu'en même temps il est si difficile en ce moment d'obtenir du financement, il semble qu'il serait profitable de financer les raffineries par l'issue de dette plutôt que de parts. Et encore, tout ceci n'a d'importance que si c'est le contribuable canadien qui finance les raffineries ; pour les compagnies que le Gouvernement Harper est en train de vendre à la Chine, il nous importe assez peu que les profits montent ou descendent.
L'autre contre-argument aux idées de Michael Moore, c'est que la main invisible n'est pas seule à régler les marchés : il y a aussi et surtout la main très visible des politiciens. Les dirigeants canadiens ont passé quelque deux siècles à essayer d'établir des industries ici au lieu de laisser nos ressources être vendues aux empires coloniaux, britannique ou américain. Cette politique, qui a permis le développement du sud mais n'a jamais atteint le nord, s'érode depuis quelques décennies. Selon la CBC, il n'y a pas eu une nouvelle raffinerie construite au Canada depuis 1984, et des plus de 40 qui existaient il y 40 ans, il reste moins de 20. Plusieurs sont déjà prévues pour être fermées. D'aucuns blâment les marges faibles, car ça a plus d'allure que de dire la vérité : c'est que les Etats-Unis ont beaucoup trop de capacité et beaucoup trop d'influence sur notre gouvernement. Nous leur vendons donc notre brut et fermons nos raffineries. Il n'est pas bien moins cher de raffiner aux Etats qu'ici, bien que ce soit le seul pays de l'OCDE où les travailleurs aient moins de droits qu'ici; d'ailleurs Royal Dutch Shell PLC a 35% de sa capacité de raffinage en Europe, où le travailleur coûte cher. Le coût total du raffinage ne représente que 10 à 20% du prix à la pompe ( selon le coût du brut et le montant des taxes ). Les bilans de Royal Dutch Shell PLC n'isolent pas la part des salaires directs dans le coût du raffinage, mais révèlent que le coût de la main d'œuvre ne représente que 3% des revenus totaux. Il est donc difficile de se convaincre que l'export de brut aux Etats est motivé par l'économie plutôt que la politique. Quand bien même il le serait, pourquoi notre propre gouvernement chercherait-il à exporter des emplois vers des juridictions moins chères ?
Les ventes à la Chine relèvent de la même stratégie du Gouvernement Harper : « la tête basse et le cul en l'air », comme on dit dans l'industrie. Les Chinois, qui sont bien plus rusés que lui, refusent d'acheter des distillats, ils ne veulent que le brut. Pourquoi ? Parce que ça leur permet de créer des emplois et de développer leur pays – exactement ce que nous devrions faire ici. Et comme dit mon lecteur, nous ne pouvons pas imposer de ventes, nous sommes donc obligés de vendre ce que l'acheteur veut. Mais est-ce tellement vrai ? Nous manquons déjà de travailleurs pour extraire notre huile. Il n'y aurait aucun mal à ralentir la production jusqu'à ce que les acheteurs soient assez motivés pour acheter ce que nous voulons vendre. Au pire, personne n'achète maintenant ; nous ne perdons pas d'emplois, nous détruisons moins notre environnement, et nous gardons des réserves de quelque chose à vendre dans l'avenir. Pour le contribuable canadien, c'est tout gagnant. Exporter le brut maintenant, par contre, ne sert qu'à une chose : faire plaisir à Harper.
Vivement 2015 !

Un des projets préférés de notre proto-dictateur, Stephen Harper, est l'oléoduc « Northern Gateway » proposé par Enbridge, qui fait face à une opposition acharnée due entre autres aux fuites fréquentes dont les oléoducs d'Enbridge sont victimes. Dans l'espoir d'accélérer les choses, Harper a utilisé le budget 2012-13 ( le projet de loi C-38, dit « Cheval de Troyes ») pour tronquer le procédé d'autorisation de tels projets. Malheureusement pour lui, malgré ses efforts herculéens pour s'assurer que cette loi passerait sans aucun débat dans la Chambre, sinon dans le pays, le coup a manqué : le budget des agences réglementaires a été tellement réduit qu'elles n'ont plus les moyens de procéder. C'est pas pour rien qu'on les appelle les « Cons ».
Cependant, l'environnement n'est pas la seule raison pour laquelle les Canadiens s'opposent à Northern Gateway. Malgré le nom, l'oléoduc traverserait le sud-ouest du pays pour acheminer l'huile brute des schistes bitumineux de l'Alberta à un terminal proposé dans une région très belle et bien sûr très fragile de la côte ouest, d'où il partirait en Chine. Le Nouveau Parti Démocratique et votre correspondent pensent qu'exporter le brut au lieu de créer des emplois dans les raffineries canadiennes n'a aucun sens. Les supporteurs de Northern Gateway ripostent que raffiner le brut au Canada n'est pas économique.
La question se pose donc : pour qui cela ne serait-il pas économique ? Selon un de mes lecteurs, c'est pour le consommateur que ça n'a pas de sens, car le travailleur canadien est cher et le consommateur refusera de payer son prix. Ceci n'est pas vrai, car le consommateur chinois, c'est-à-dire le gouvernement de la République Populaire, a un besoin pressant d'huile pour continuer à forcer la croissance économique. Les imports chinois de pétrole continuent à augmenter très rapidement et la Chine a du mal à trouver des sources ; c'est en ce moment le consommateur principal d'huile iranienne. Mais la balance des paiements est très en sa faveur, elle peut donc se permettre de payer pour l'énergie, qu'elle convertit ensuite en widgets à revendre aux même pays qui lui ont fourni l'huile. Au pire, elle peut augmenter le prix de vente du widget. Distiller nos produits chez nous nuirait donc peut-être à la balance des paiements de la RPC, mais peu au consommateur du monde riche.
D'ailleurs, les raffineurs ne fixent pas les prix : c'est le marché qui les dicte, d'où les marges « très étroites » dont se plaint l'industrie – qui enregistre néanmoins des profits énormes. Le consommateur n'a donc pas trop à s'inquiéter de qui raffine son pétrole. Ce serait donc, il faut croire, le capitaliste qui trinquerait. Dans un entretien avec la CBC, Michael Moore, professeur à l'école de politique publique à l'Université de Calgary, supporte cette idée : « si on pense au coût du capital, c'est bien plus facile d'aller à l'étranger et de transporter le produit par mer ou rail vers des points de distribution établis. » De plus, ajoute-t-il, « d'un point de vue économique, ça n'a pas de sens, ou nous le ferions déjà. »
Un argument si faible est bien digne du procédé Conservateur. D'un côté, le coût du capital évoque peu de sympathie chez les « 99% ». Selon l'Agence du Revenu du Canada, 76% des contribuables ont déclaré avoir reçu des salaires en 2009 ( l'année la plus récente pour laquelle les nombres ont été compilés ), mais le revenu total dérivé de l'emploi est 81% des revenus déclarés. Par contre, 20% ont déclaré des dividendes, qui ne constituaient pourtant que 4% du revenu ; les gains sur le capital, déclarés par 6%, ne comptent que pour 1% du revenu, et l'intérêt et « autres revenus d'investissement », déclarés par 33% des contribuables, font un misérable 2% du total. De toute évidence, pour le contribuable canadien, il vaut bien mieux travailler qu'investir ; créer des emplois est donc plus important que d'amadouer le capitaliste. De plus, puisqu'on gagne si peu d'intérêt, et qu'en même temps il est si difficile en ce moment d'obtenir du financement, il semble qu'il serait profitable de financer les raffineries par l'issue de dette plutôt que de parts. Et encore, tout ceci n'a d'importance que si c'est le contribuable canadien qui finance les raffineries ; pour les compagnies que le Gouvernement Harper est en train de vendre à la Chine, il nous importe assez peu que les profits montent ou descendent.
L'autre contre-argument aux idées de Michael Moore, c'est que la main invisible n'est pas seule à régler les marchés : il y a aussi et surtout la main très visible des politiciens. Les dirigeants canadiens ont passé quelque deux siècles à essayer d'établir des industries ici au lieu de laisser nos ressources être vendues aux empires coloniaux, britannique ou américain. Cette politique, qui a permis le développement du sud mais n'a jamais atteint le nord, s'érode depuis quelques décennies. Selon la CBC, il n'y a pas eu une nouvelle raffinerie construite au Canada depuis 1984, et des plus de 40 qui existaient il y 40 ans, il reste moins de 20. Plusieurs sont déjà prévues pour être fermées. D'aucuns blâment les marges faibles, car ça a plus d'allure que de dire la vérité : c'est que les Etats-Unis ont beaucoup trop de capacité et beaucoup trop d'influence sur notre gouvernement. Nous leur vendons donc notre brut et fermons nos raffineries. Il n'est pas bien moins cher de raffiner aux Etats qu'ici, bien que ce soit le seul pays de l'OCDE où les travailleurs aient moins de droits qu'ici; d'ailleurs Royal Dutch Shell PLC a 35% de sa capacité de raffinage en Europe, où le travailleur coûte cher. Le coût total du raffinage ne représente que 10 à 20% du prix à la pompe ( selon le coût du brut et le montant des taxes ). Les bilans de Royal Dutch Shell PLC n'isolent pas la part des salaires directs dans le coût du raffinage, mais révèlent que le coût de la main d'œuvre ne représente que 3% des revenus totaux. Il est donc difficile de se convaincre que l'export de brut aux Etats est motivé par l'économie plutôt que la politique. Quand bien même il le serait, pourquoi notre propre gouvernement chercherait-il à exporter des emplois vers des juridictions moins chères ?
Les ventes à la Chine relèvent de la même stratégie du Gouvernement Harper : « la tête basse et le cul en l'air », comme on dit dans l'industrie. Les Chinois, qui sont bien plus rusés que lui, refusent d'acheter des distillats, ils ne veulent que le brut. Pourquoi ? Parce que ça leur permet de créer des emplois et de développer leur pays – exactement ce que nous devrions faire ici. Et comme dit mon lecteur, nous ne pouvons pas imposer de ventes, nous sommes donc obligés de vendre ce que l'acheteur veut. Mais est-ce tellement vrai ? Nous manquons déjà de travailleurs pour extraire notre huile. Il n'y aurait aucun mal à ralentir la production jusqu'à ce que les acheteurs soient assez motivés pour acheter ce que nous voulons vendre. Au pire, personne n'achète maintenant ; nous ne perdons pas d'emplois, nous détruisons moins notre environnement, et nous gardons des réserves de quelque chose à vendre dans l'avenir. Pour le contribuable canadien, c'est tout gagnant. Exporter le brut maintenant, par contre, ne sert qu'à une chose : faire plaisir à Harper.
Vivement 2015 !
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