2011-05-29

Le Chef se fait des ennemis

Reproduit de mon blog français.

Notre proto-dictateur, Stephen Harper, était récemment à Deauville pour une rencontre du G8. L'Armée française avait donc envoyé des troupes d'élite se planquer dans les bois pendant les trois jours de la rencontre, pour assurer la sécurité des invités. Le jour du départ, tous les chefs d'état se tassent, sauf Harper, qui est resté à glander dans sa chambre d'hôtel pendant plusieurs heures. J'imagine qu'il se faisait faire des massages et des pédicures et finissait de vider le mini-bar aux frais du contribuable. En attendant, les bidasses qui assuraient sa sécurité étaient toujours planqués dans les bois, avec les scorpions, les scutigères, les sangliers, tout ça, ils en avaient trop marre et voulaient rentrer chez eux. On m'apprend de source sûre que du coup, l'Armée française lui voue maintenant une haine mortelle. Et pourtant, les français s'y connaissent en dirigeants crapuleux.

Donc vous voyez, c'est pas que moi... Il passe trois jours à l'étranger et il arrive à se mettre l'Armée française à dos. Et c'est dommage que les pauvres gars aient dû se donner tant de mal pour s'assurer qu'il nous revienne, parce qu'on n'aurait pas été trop tristes de ne pas le revoir.

2011-05-15

Les proto-fascistes et le culte de la personnalité

Reproduit de mon blog français.

Le Premier Ministre, Stephen Harper, dont vous avez compris qu'il me déplaît, a fait circuler une consigne à tous les départements fédéraux : il ne faut plus dire « le gouvernement du Canada » mais « le gouvernement Harper ».

Puisque je vous le dis !

2011-05-12

A bas la constitution!

Lettre à l'éditeur de L'Aquilon. Ils m'avaient demandé d'écrire quelque chose pour eux, mais je n'ai jamais su s'ils l'ont publié.

Staline aimait dire que l'important ce n'est pas comment les votes sont faits, mais comment ils sont comptés, et par qui. Il aurait adoré notre élection fédérale. 40% des votes te donne 54% des sièges? En voilà de l'arithmétique intéressante. D'ailleurs, notre constitution ferait l'envie de n'importe quel dictateur. Le chef du gouvernement n'est pas élu, mais choisi par son parti, comme l'étaient les Secrétaires Généraux de l'Union Soviétique. Il nomme ensuite le chef de l'état, qui est entièrement sa créature, ainsi que le sénat. La chambre des communes est élue, certes, encore que d'une façon qui ne tient pas trop compte du vote public; mais ensuite le chef du gouvernement est libre de la proroger ou de la dissoudre tant qu'il veut, sur sa seule initiative. Même le Pakistan a récemment aboli cette pratique ridicule, la trouvant, comme tout le monde, absolument contraire à la démocratie.

Notre constitution n'a d'ailleurs jamais été conçue comme une démocratie, mais pour faire exactement ce qu'elle a toujours fait: s'assurer que ceux qui ont le pouvoir le gardent. La seule qualité de notre constitution est qu'elle produit plus souvent des minorités que des majorités. Maintenant qu'un psychopathe se trouve avoir une majorité malgré l'opposition du pays, on se demande ce que ça va pouvoir donner.

Ce qu'il nous fallait, ce n'était pas une élection, mais une nouvelle constitution. La chambre des communes devrait être élue de façon proportionnelle, c’est-à-dire que chaque parti propose une liste de candidats, et se voit attribuer le même pourcentage de sièges qu'il reçoit de voix; il remplit ensuite ces sièges selon la liste qu'il avait soumise. Ainsi la chambre représente exactement la composition politique du pays. Cela permet entre autres aux petits partis, comme les Verts, de se faire représenter en mesure de leur soutien populaire.

Deuxièmement, le sénat devrait être élu, bien sûr. Comme la représentation proportionnelle est souvent critiquée comme ne soutenant pas les intérêts locaux, le sénat pourrait être élu de la même façon que nous élisons maintenant la chambre des communes; ainsi les "intérêts locaux", s'ils arrivaient jamais à s'unir, auraient l'opportunité de bloquer les projets de lois qui passent les communes.

Troisièmement, cela va sans dire, le chef du gouvernement devrait être élu directement; il est inconcevable d'en faire autrement dans une démocratie. J'aime le système français à deux tours: au premier tour, tout le monde peut se présenter. Les deux candidats qui reçoivent le plus de voix avancent au deuxième tour deux semaines plus tard, et celui qui gagne le deuxième tour est élu. Quant au chef de l'état (c’est-à-dire le gouverneur général), s'il faut vraiment qu'il y en ait un, il devrait être élu par les communes entre des candidats choisi par un comité d'experts. Et il ne devrait pouvoir dissoudre le parlement que sous des circonstances précises, par exemple, si aucune motion n'a réussi depuis un mois.

Un autre avantage du système français, c'est que les différents rôles ne sont pas tous élus en même temps. Jusqu'à 2004, l'Assemblée Nationale était élue pour cinq ans, le président pour sept, et le Sénat était renouvelé par tiers, un tiers tous les trois ans (maintenant c'est cinq ans, cinq ans, et la moitié du Sénat tous les trois ans). Comme ça le gouvernement représente toujours plusieurs époques de l'opinion publique; il y a plus de continuité et plus d'équilibre. Ça donne également des situations bien plus intéressantes. Ici nous avons des gouvernements de majorité ou de minorité. En France, si le président perd l'Assemblée, il peut se retrouver face à un gouvernement où son opposition est maintenant en majorité. On appelle ça un gouvernement de cohabitation, et les présidents français ont su gouverner avec, pas comme ce facho de Harper qui ne sait même pas travailler avec une minorité.

D'autre part, puisque 40% des canadiens ne jugent pas nécessaire de faire leur devoir et de soutenir la démocratie en votant, on devrait rendre le vote obligatoire, comme par exemple en Belgique, où ceux qui s'abstiennent de voter reçoivent une amende.

L'ennui bien sûr, c'est que la formule pour changer notre constitution est garantie de ne jamais la changer, car il faut que toutes les provinces votent pour. Jusqu'à maintenant, ça n'est jamais arrivé, et ça ne risque pas, et de toute façon ça n'a aucun sens dans ce contexte, car pourquoi les élus provinciaux décideraient-ils comment nous élisons notre gouvernement fédéral? Nous devrions élire une assemblée constituante, qui ne serait soumise à aucun des gouvernements existants, puis soumettre le nouveau projet de constitution à un référendum.

Enfin le jour où on aura une constitution démocratique, on risque d'avoir un problème pour se débarrasser des cochons ailés.

2011-05-05

Commentaire d'un lecteur : « proto-fasciste ? T'exagères ! »

Reproduit de mon blog français.

Oui... et non. D'un côté, le Canada est un des pays les moins fascistes du monde. Nous sommes bien trop gras et placides pour être fascistes. Comme l'a dit Lao Tse, quand les gens ont assez à manger, ils ne pensent pas à se rebeller. Ici, deux tiers de la population est au-dessus de son poids-santé, donc il y a peu de chance. T'imagines un rallie de 100.000 obèses ? Ils marchent 500 m, ils sont épuisés. Et ils ne peuvent pas marcher et scander des slogans en même temps, ils sont tout de suite à bout de souffle. Chemises noires ? Ici, il y faudrait des muumuus noirs. D'ailleurs le noir, c'est trop chaud, ils sueraient comme des porcs.

Donc physiquement, le fascisme est un peu hors d'atteinte du public canadien. Par contre il y a une police de la pensée très sournoise. J'avais déjà écrit un article sur « t'es pas fine ». Ça parait niais, et ça l'est, mais c'est aussi très pernicieux. Les gens ici ne savent pas débattre, et ne connaissent en plus rien à l'histoire, à l'économie ou à la politique. Tu me diras, moi non plus, j'en sais pas trop, vu comment j'ai écouté à l'école, mais j'en sais pourtant bien plus qu'eux autres. Exemple navrant : quand j'ai demandé à une bibliothécaire de prolonger Mao pour moi, elle n'a pas compris le titre et a lu Map : the unknown story. Donc comment discuter intelligemment avec des gens qui ne reconnaissent pas ce nom ? Alors comme ils n'ont ni les connaissances ni les compétences pour organiser un argumentaire, ils se replient sur « t'es pas fine », et ils te persécutent. C'est bien pour ça, d'ailleurs, que j'écris mes opinions politiques sur ce blog, en français, au lieu de créer un blog anglais. Parce que comme ça, les ténois ne savent pas ce que je dis et ne peuvent pas me harceler. Il y en a qui me persécutent depuis 2008 pour un truc que j'avais écrit qui n'était pourtant pas bête, puisque le Globe and Mail a fait un article presque identique cette année. Et le plus bizarre, c'est que mon ennemi le plus acharné est un enseignant en « études sociales », c’est-à-dire justement le gars qui est censé enseigner aux gosses les valeurs canadiennes de respect et démocratie. Une autre s'est donné énormément de mal pour essayer de me faire virer de mon emploi parce qu'ayant appris que sa mère avait dépensé $12.000 pour un chien diabétique, j'avais écrit que c'est exactement pour ça que j'envoie mes contributions charitables dans le Tiers Monde au lieu d'ici, parce que si les gens peuvent dépenser $12.000 sur un chien, on n'a vraiment pas besoin de charité ici.

J'ai une amie roumaine qui a mon âge, et qui donc a vécu sous Ceausescu. Je lui ai raconté les difficultés qu'on me cause quand je revendique ma liberté d'expression, et elle en a été horrifiée. Elle dit que ça lui rappelle le communisme. Mais ayant lu ce livre sur Mao, je trouve que ça me rappelle en fait plus le maoïsme. La façon dont les gens te dénoncent et essayent de te faire purger quand ils ne sont pas d'accord, c'est comme du maoïsme embryonnaire. Il y a également le fait que les gens refusent de faire front commun. Notre culture encourage l'individualisme à un point ridicule. Comme je dis toujours, je comprends mal comment on pense créer une meilleure société pour tous en mettant les désirs de l'individu au-dessus des besoins communs. Tu me diras, l'individualisme c'est l'inverse du maoïsme ou du fascisme ; mais de même que la droite et la gauche se rejoignent en politique, l'individualisme et le fascisme aussi, car personne ne s'unit pour protéger les droits ou les personnes, et dans un sens, il est en fait plus facile de monter les individus que les foules. Mao a réussi en tournant d'abord une personne à la fois, puis chacun en tournait d'autres, et comme personne ne s'unissait pour résister, ça s'est répandu. Ici c'est pareil, personne ne s'unit pour résister aux mauvais traitements. Certainement pas quand c'est un autre groupe ou personne qui est maltraité, mais pas non plus pour soi-même. Par exemple, les travailleurs sont souvent très mal traités, surtout dans les Ténos, mais ils refusent absolument de se syndiquer, ou même d'aller à plusieurs revendiquer leurs droits. Quand je travaillais pour Konge Construction l'année dernière, on parlait tous de combien on détestait l'imbécile et combien il nous traitait mal, mais personne ne lui disait rien, ou ne faisait front commun quand il harcelait un camarade. Quand j'ai gagné mon appel avec les Droits du Travail, j'ai envoyé un texto à tous mes anciens camarades pour leur dire que j'ai gagné et que donc ils peuvent se servir de ce précédent pour revendiquer leur argent. A ce que je sache, pas un seul ne l'a fait.

Donc entre le manque de courage, l'apathie, l'ignorance, l'égoïsme et la méchanceté intrinsèque du genre humain, on a une population qui se prête bien à une sorte de fascisme sous-jacent et très sournois, plutôt que public.

Quant à Harper, c'est le plus fasciste des proto-fascistes canadiens. Ça fait cinq ans qu'il est chef d'un gouvernement minoritaire. Et alors ? Mackenzie King a fait 22 ans de minorités et il a été notre meilleur premier ministre. Mais Harper, lui, ne sait pas travailler avec d'autres. La première fois qu'il a dissout le parlement, c'était parce que « le parlement refuse de coopérer avec moi. » Ben tiens, imbécile, c'est une minorité, c'est toi qui coopère avec eux, pas l'inverse. Faut être stupide, je te raconte pas. Son deuxième parlement était toujours une minorité. D'ailleurs il avait promis de démissionner s'il n'obtenait pas une majorité, donc on comprend mal pourquoi il est resté. Enfin comme il ne pouvait quand même pas faire une autre élection tout de suite, il a décidé de proroger le parlement à chaque fois qu'il risquait de perdre un vote. C'est le seul premier ministre de l'histoire canadienne qui s'est fait voter « in contempt of Parliament ». Comme tous les mauvais chefs, quand les choses ne vont pas comme il veut, il engueule quelqu'un d'autre. Ses députés n'ont pas le droit d'avoir d'opinions, encore moins de voter selon leur conscience. Et comme Mao, il est très attaché à un programme de dépenses militaires énormes et complètement inutiles, au dépend des programmes sociaux qui ont pris 80 ans à construire et qui nous permettent d'avoir un des niveaux de vie les plus élevés du monde.

Et maintenant, grâce à notre constitution non-démocratique, 40% des voix lui donnent une majorité. Il nous aurait suffi de 13 sièges de plus pour l'arrêter. Si nous avions la représentation proportionnelle, nous aurions 30 sièges de plus, il serait de nouveau en minorité, et puisque tous les partis d'opposition ont à peu près la même plateforme, on pourrait continuer une politique modérée qui soutient le canadien de base plutôt que les industries américaines défaillantes comme les banques et les fabricants d'avions de guerre. D'ailleurs le fait que les Nouveaux Démocrates ont tout à coup gagné 102 sièges alors que nous étions très fiers d'avoir fait 37 sièges il y a deux ans montre bien que les 60% qui n'ont pas voté pour Harper soutiennent un programme de dépenses sociales avec budget équilibré. Harper a beau se vanter de nous avoir tirés de la crise, il soutient surtout l'économie américaine, et ce sont les idées des Libéraux de Jean Chrétien et Paul Martin, deux vrais économistes, ainsi que quelques lois proposées par les Nouveaux Démocrates au 40ème parlement, qui nous ont permis de ne pas trop nous enfoncer. Harper n'a rien fait pour nous sortir de la crise, et on comprend mal comment ses supporters arrivent à se convaincre autrement. On remarque d'ailleurs que ni lui ni ses sbires ne peuvent identifier de réalisations probantes. Ils nous disent haut et fort qu'ils nous ont sorti de la crise, oui, mais ils n'ont aucun exemple concret. Maintenant ils nous disent que grâce à leur nouvelle majorité, on va avoir une économie stable, un dollar fort, et... 65 F-35s. A part ça, on comprend toujours mal ce qu'ils pensent faire, mais on peut prédire une chose : ça va nuire aux gens, et à l'économie. Sous Chrétien, nous avons éliminé le déficit budgétaire, puis notre dette extérieure. Ça avait pris dix ans d'austérité. En cinq ans de Harper, nous avons fait 50 milliards de dollars de déficit, sans compter ces maudits avions.

C'est incroyable qu'il y ait 40% de gens assez bêtes pour voter pour cet imbécile. Ou en fait, vu qu'il y a eu 39% d'abstention, 24% de canadiens ont voté pour ce trou-du-cul. 37% ont voté contre. 39% n'ont pas voté contre, mais n'ont certainement pas voté pour. Mais le plus incroyable, c'est que grâce à 24% d'idiots, il a maintenant un pouvoir absolu, puisqu'il fait voter ses lèches-bottes comme il veut, et qu'il a assez de lèches-bottes pour gagner tous les votes.

Donc, « proto-fasciste » est-il une exagération ? Un peu... mais pas complètement.

Enfin. Comme il n'a quand même pas le pouvoir de purger les gens pour de vrai, Harper va se faire virer d'une façon ou d'une autre. D'abord, il n'a que 13 sièges d'avance. Il suffit donc que 8% de ses sbires s'absentent ou ne votent pas comme des moutons pour qu'il perde un vote. 8%, ça peut paraître beaucoup, mais il se trouve toujours des paresseux, des gars qui changent de camp, et peut-être même, bien qu'ils soient Conservateurs, quelques-uns qui aient une conscience et finissent par en avoir marre de se faire piétiner par leur propre chef. Mao a perdu le contrôle de ses sbires longtemps avant sa mort. Peng Dehuai, Liu Shao-ch'i, Deng Xiaoping, même Lin Biao et Chou En-lai ont fini par s'opposer, alors que c'était vraiment dangereux. Ici, tu t'opposes à Harper, bon, il te fait une petite crise de bullying ; et après ? T'es toujours en vie. T'es même toujours parlementaire. Donc, un jour ou l'autre, ses gars vont se retourner contre lui. Au pire, il n'est au pouvoir que pour cinq ans. (Les canadiens disent toujours quatre ans, ce qui montre à quel point ils n'y comprennent rien ; les américains élisent pour quatre ans, nous autres c'est un maximum de cinq ans.) Dans cinq ans, il aura tellement décimé l'économie et les programmes sociaux qu'il ne risque pas de se faire réélire, et là, grâce au principe des partis alternants et à l'effondrement complet des Libéraux sous Ignatieff, ça sera nous, les Nouveaux Démocrates, qui prendrons le pouvoir. Et grâce à Harper, tout ce que nous pourrons faire ça sera de nous serrer la ceinture pour éponger le déficit énorme qu'il est en train de nous créer, alors que si on avait été élus ce coup-ci, on aurait pu faire des programmes très forts sans ruiner le pays.

Cela dit, ça me fait vraiment trop chier, de faire face à cinq ans de gouvernement qui va me nuire à moi personnellement.

2011-05-03

C'est l'autre main, imbécile!

Reproduit de mon blog français.


Le Führer a maintenant une majorité. C’est-à-dire qu'il a une minorité : 40% des voix. Mais grâce à notre système électoral de merde, il a 54% des députés. Bordel de merde...

J'ai envie de m'exiler. Quelque part où il n'y a pas de vote, comme ça on risque pas ce genre de conneries.

A part ça, mon parti a fait 30%, et 33% des sièges, mais je m'en fous un peu qu'on soit maintenant l'opposition, ça sert à rien d'être l'opposition quand les proto-fascistes ont une majorité.

Les Libéraux ont eu 34 sièges, le Blog 4, donc leurs chefs respectifs proposent de se suicider rituellement. Et les Verts ont... un siège. Mais qu'est-ce que ça peut faire ?

J'en ai marre de ce système à la con.