Lettre à l'éditeur de L'Aquilon. Ils m'avaient demandé d'écrire quelque chose pour eux, mais je n'ai jamais su s'ils l'ont publié.
Staline aimait dire que l'important ce n'est pas comment les votes sont faits, mais comment ils sont comptés, et par qui. Il aurait adoré notre élection fédérale. 40% des votes te donne 54% des sièges? En voilà de l'arithmétique intéressante. D'ailleurs, notre constitution ferait l'envie de n'importe quel dictateur. Le chef du gouvernement n'est pas élu, mais choisi par son parti, comme l'étaient les Secrétaires Généraux de l'Union Soviétique. Il nomme ensuite le chef de l'état, qui est entièrement sa créature, ainsi que le sénat. La chambre des communes est élue, certes, encore que d'une façon qui ne tient pas trop compte du vote public; mais ensuite le chef du gouvernement est libre de la proroger ou de la dissoudre tant qu'il veut, sur sa seule initiative. Même le Pakistan a récemment aboli cette pratique ridicule, la trouvant, comme tout le monde, absolument contraire à la démocratie.
Notre constitution n'a d'ailleurs jamais été conçue comme une démocratie, mais pour faire exactement ce qu'elle a toujours fait: s'assurer que ceux qui ont le pouvoir le gardent. La seule qualité de notre constitution est qu'elle produit plus souvent des minorités que des majorités. Maintenant qu'un psychopathe se trouve avoir une majorité malgré l'opposition du pays, on se demande ce que ça va pouvoir donner.
Ce qu'il nous fallait, ce n'était pas une élection, mais une nouvelle constitution. La chambre des communes devrait être élue de façon proportionnelle, c’est-à-dire que chaque parti propose une liste de candidats, et se voit attribuer le même pourcentage de sièges qu'il reçoit de voix; il remplit ensuite ces sièges selon la liste qu'il avait soumise. Ainsi la chambre représente exactement la composition politique du pays. Cela permet entre autres aux petits partis, comme les Verts, de se faire représenter en mesure de leur soutien populaire.
Deuxièmement, le sénat devrait être élu, bien sûr. Comme la représentation proportionnelle est souvent critiquée comme ne soutenant pas les intérêts locaux, le sénat pourrait être élu de la même façon que nous élisons maintenant la chambre des communes; ainsi les "intérêts locaux", s'ils arrivaient jamais à s'unir, auraient l'opportunité de bloquer les projets de lois qui passent les communes.
Troisièmement, cela va sans dire, le chef du gouvernement devrait être élu directement; il est inconcevable d'en faire autrement dans une démocratie. J'aime le système français à deux tours: au premier tour, tout le monde peut se présenter. Les deux candidats qui reçoivent le plus de voix avancent au deuxième tour deux semaines plus tard, et celui qui gagne le deuxième tour est élu. Quant au chef de l'état (c’est-à-dire le gouverneur général), s'il faut vraiment qu'il y en ait un, il devrait être élu par les communes entre des candidats choisi par un comité d'experts. Et il ne devrait pouvoir dissoudre le parlement que sous des circonstances précises, par exemple, si aucune motion n'a réussi depuis un mois.
Un autre avantage du système français, c'est que les différents rôles ne sont pas tous élus en même temps. Jusqu'à 2004, l'Assemblée Nationale était élue pour cinq ans, le président pour sept, et le Sénat était renouvelé par tiers, un tiers tous les trois ans (maintenant c'est cinq ans, cinq ans, et la moitié du Sénat tous les trois ans). Comme ça le gouvernement représente toujours plusieurs époques de l'opinion publique; il y a plus de continuité et plus d'équilibre. Ça donne également des situations bien plus intéressantes. Ici nous avons des gouvernements de majorité ou de minorité. En France, si le président perd l'Assemblée, il peut se retrouver face à un gouvernement où son opposition est maintenant en majorité. On appelle ça un gouvernement de cohabitation, et les présidents français ont su gouverner avec, pas comme ce facho de Harper qui ne sait même pas travailler avec une minorité.
D'autre part, puisque 40% des canadiens ne jugent pas nécessaire de faire leur devoir et de soutenir la démocratie en votant, on devrait rendre le vote obligatoire, comme par exemple en Belgique, où ceux qui s'abstiennent de voter reçoivent une amende.
L'ennui bien sûr, c'est que la formule pour changer notre constitution est garantie de ne jamais la changer, car il faut que toutes les provinces votent pour. Jusqu'à maintenant, ça n'est jamais arrivé, et ça ne risque pas, et de toute façon ça n'a aucun sens dans ce contexte, car pourquoi les élus provinciaux décideraient-ils comment nous élisons notre gouvernement fédéral? Nous devrions élire une assemblée constituante, qui ne serait soumise à aucun des gouvernements existants, puis soumettre le nouveau projet de constitution à un référendum.
Enfin le jour où on aura une constitution démocratique, on risque d'avoir un problème pour se débarrasser des cochons ailés.
Staline aimait dire que l'important ce n'est pas comment les votes sont faits, mais comment ils sont comptés, et par qui. Il aurait adoré notre élection fédérale. 40% des votes te donne 54% des sièges? En voilà de l'arithmétique intéressante. D'ailleurs, notre constitution ferait l'envie de n'importe quel dictateur. Le chef du gouvernement n'est pas élu, mais choisi par son parti, comme l'étaient les Secrétaires Généraux de l'Union Soviétique. Il nomme ensuite le chef de l'état, qui est entièrement sa créature, ainsi que le sénat. La chambre des communes est élue, certes, encore que d'une façon qui ne tient pas trop compte du vote public; mais ensuite le chef du gouvernement est libre de la proroger ou de la dissoudre tant qu'il veut, sur sa seule initiative. Même le Pakistan a récemment aboli cette pratique ridicule, la trouvant, comme tout le monde, absolument contraire à la démocratie.
Notre constitution n'a d'ailleurs jamais été conçue comme une démocratie, mais pour faire exactement ce qu'elle a toujours fait: s'assurer que ceux qui ont le pouvoir le gardent. La seule qualité de notre constitution est qu'elle produit plus souvent des minorités que des majorités. Maintenant qu'un psychopathe se trouve avoir une majorité malgré l'opposition du pays, on se demande ce que ça va pouvoir donner.
Ce qu'il nous fallait, ce n'était pas une élection, mais une nouvelle constitution. La chambre des communes devrait être élue de façon proportionnelle, c’est-à-dire que chaque parti propose une liste de candidats, et se voit attribuer le même pourcentage de sièges qu'il reçoit de voix; il remplit ensuite ces sièges selon la liste qu'il avait soumise. Ainsi la chambre représente exactement la composition politique du pays. Cela permet entre autres aux petits partis, comme les Verts, de se faire représenter en mesure de leur soutien populaire.
Deuxièmement, le sénat devrait être élu, bien sûr. Comme la représentation proportionnelle est souvent critiquée comme ne soutenant pas les intérêts locaux, le sénat pourrait être élu de la même façon que nous élisons maintenant la chambre des communes; ainsi les "intérêts locaux", s'ils arrivaient jamais à s'unir, auraient l'opportunité de bloquer les projets de lois qui passent les communes.
Troisièmement, cela va sans dire, le chef du gouvernement devrait être élu directement; il est inconcevable d'en faire autrement dans une démocratie. J'aime le système français à deux tours: au premier tour, tout le monde peut se présenter. Les deux candidats qui reçoivent le plus de voix avancent au deuxième tour deux semaines plus tard, et celui qui gagne le deuxième tour est élu. Quant au chef de l'état (c’est-à-dire le gouverneur général), s'il faut vraiment qu'il y en ait un, il devrait être élu par les communes entre des candidats choisi par un comité d'experts. Et il ne devrait pouvoir dissoudre le parlement que sous des circonstances précises, par exemple, si aucune motion n'a réussi depuis un mois.
Un autre avantage du système français, c'est que les différents rôles ne sont pas tous élus en même temps. Jusqu'à 2004, l'Assemblée Nationale était élue pour cinq ans, le président pour sept, et le Sénat était renouvelé par tiers, un tiers tous les trois ans (maintenant c'est cinq ans, cinq ans, et la moitié du Sénat tous les trois ans). Comme ça le gouvernement représente toujours plusieurs époques de l'opinion publique; il y a plus de continuité et plus d'équilibre. Ça donne également des situations bien plus intéressantes. Ici nous avons des gouvernements de majorité ou de minorité. En France, si le président perd l'Assemblée, il peut se retrouver face à un gouvernement où son opposition est maintenant en majorité. On appelle ça un gouvernement de cohabitation, et les présidents français ont su gouverner avec, pas comme ce facho de Harper qui ne sait même pas travailler avec une minorité.
D'autre part, puisque 40% des canadiens ne jugent pas nécessaire de faire leur devoir et de soutenir la démocratie en votant, on devrait rendre le vote obligatoire, comme par exemple en Belgique, où ceux qui s'abstiennent de voter reçoivent une amende.
L'ennui bien sûr, c'est que la formule pour changer notre constitution est garantie de ne jamais la changer, car il faut que toutes les provinces votent pour. Jusqu'à maintenant, ça n'est jamais arrivé, et ça ne risque pas, et de toute façon ça n'a aucun sens dans ce contexte, car pourquoi les élus provinciaux décideraient-ils comment nous élisons notre gouvernement fédéral? Nous devrions élire une assemblée constituante, qui ne serait soumise à aucun des gouvernements existants, puis soumettre le nouveau projet de constitution à un référendum.
Enfin le jour où on aura une constitution démocratique, on risque d'avoir un problème pour se débarrasser des cochons ailés.
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